Winamax, ou la pire campagne marketing de l'année 2019
Il y a de cela plusieurs mois, de magnifiques
affiches aux slogans qui réchauffent le cœur, se sont multipliées
dans le centre-ville de Nantes, à l'arrière des bus etc...
Il s'agit de la nouvelle campagne de publicité pour Winamax. Cette société propose des paris en lignes, et serait (me dit-on dans l'oreillette), “connue pour la fiabilité de ses cotes”.
Soit.
Bon,
déjà, il faut préciser que je suis contre les jeux d'argent. Tous.
Sans exception. Ne me lancez-pas sur les abrutis qui donnent des
pièces de 1 euro à gober à des machines à sous, comme si ça n'
avait que la valeur d'un jeton de caddy**...Tout
ça pendant que la moitié du monde crève la dalle.
Mais
les paris disponibles à tout moment et accessibles à tout le monde
grâce à une connexion internet, c'est clairement plus grave ; quand
dans un casino, tu dois physiquement t'y rendre ,et au moins prouver
ton âge et te tenir correctement, là plus besoin de formalités
pour devenir un vieil accro du jeu, et gaspiller ta thune, youpi !!
D'autant qu'en règle générale, moins t'as de thune, plus tu es
susceptible de parier...
Passe
encore le “pari convivial”, celui où on se rend (rendait ? Je
sais pas dans quelle mesure la pratique existe encore), aux courses,
un peu fébrile, et on misait sur un cheval pour participer à
l'excitation générale. Ou éventuellement, le loto sportif et le
PMU au bistrot du coin, qui sont plus pour Thérèse et Gérard, une
occasion de se retrouver tous les matins à 11h00 et de discuter de
la pluie et du beau temps, tout en ayant l'air d'être là pour
autre-chose, et éventuellement en faisant vivre le bar du coin.
SOIT.
Pour
moi, les paris sportifs, c'était aussi, l'apanage des anglais,
puisque c'est à Londres que j'ai découvert les “betting parlors”
qui ont pignon sur rue dans de multiples quartiers – enfin plutôt
les plus craignos, on en trouve moins à Notting Hill et à
Chelsea... Ces sortes de “boutiques du pari”, petites boutiques
peu accueillantes, éclairées par des néons glauques, au sol jonché de mégots et de paquets de chips vides, sont remplies de
client masculins plutôt âgés, fumeurs, et qui tiennent en général
une canette de bière à la main ; on dit souvent que
les anglais parient sur n'importe quoi, notamment sur les prénoms
des enfants de la famille royale, les dates de futurs mariages etc...
En tout cas le pari est accepté, institutionnalisé même, et
complètement dans les mœurs. Cette
culture du pari est bien ancrée chez les anglo-saxons, et
franchement, tant pis, chacun sa merde! Nous on a le PMU et la
Française des Jeux, on est accro au vin et au saucisson, et on fait
grève tous les deux jours. Eux ils ont une royauté à la vie digne
de Dallas, des inégalités sociales et géographiques frappantes,
beaucoup de bière, des fish and chips, et la passion du pari.
Mais
grâce à la magie de la libéralisation économique, nous voilà maintenant à
jouer dans la même cours que les Brit', puisque le bon vieux PMU a
lancé les “PMU City”, qui n'ont plus grand-chose à voir avec le
Tiercé d'Omar Sharif, et les sympathiques papis venus taper un
Quinté + au bar du coin.
Non,
maintenant, venant agrémenter les plus jolis quartiers des villes –
la place du Commerce chez nous, pour ne pas la nommer -, on a
l'immense plaisir de retrouver notamment...des agences PMU !
![]() |
| Lovely, ça fait rêver |
Et je cite Les Échos, parce que c'est tellement émouvant qu'on en pleurerait : “ pour compléter le maillage en France, l'entreprise a ouvert ses propres points de vente, baptisés « PMU City », mêlant pédagogie et technologie".
Pédagogie ? "Hey toi, viens un peu par ici, que je t'explique par A+B comment perdre ton temps et ton argent". Et ouais. Encore un endroit qui va générer de la chaleur, de
la convivialité, et améliorer l'image de la ville ! Et la
stratégie marketing de PMU pour attirer de nouveaux blaireaux – pardon, clients – fait littéralement rêver : « La marque
s'est modernisée et a rajeuni », se félicite Cyrille
Giraudat, directeur marketing. "Nous créons des PMU City dans les centres-villes, des PMU Express dans les gares et les Maisons de la presse, des PMU Passion", rajoute le PDG. Ouais, il y a vraiment de quoi se
féliciter : les jeunes avaient vraiment besoin qu'on leur propose
encore plus de raisons de passer du temps en ligne, de dépenser leur
argent dans de la merde, et de développer une nouvelle addiction !!
YOUPI.
Pour
en revenir à nos moutons, la libéralisation des jeux de hasard
(ouuuuuuuuuuuais !!), qui a permis l'implantation de ces jolies
petites boutiques de quartier, a également, et on la remercie,
permis à des requins du pari, comme Winamax, ou Betclic, de s'implanter en France. Du coup
maintenant, plus besoin de montrer patte blanche dans un casino pour
devenir accro du jeu, c'est à la portée de tous, en ligne et à
n'importe quel moment !! Mais évidemment, c'est comme sur les pubs
d'alcool ou les paquets de clopes : tu sais que c'est mauvais pour
toi, et même que tu peux devenir accro, c'est marqué dessus...
Et
pour bien “pénétrer le marché”, et changer leur image
poussiéreuse (on me dit qu'Omar Sharif ne serait plus glamour...),
les entreprises du Secteur ont rivalisé de créativité à
destination de leur nouvelle cible de choix : les jeunes. Oh joie !!
Et ont aboutit à des slogans comme ceux de Winamax
“ “Gros gains, grosses
côtes, gros respect”
et
“moi, le foot c'est l'argent”, placardés sur tous les murs de la
ville, et même recouvrant des œuvres d'art ou les murs de sites
classés (à Paris)...
Avant
de me lancer dans un petit argumentaire de pourquoi je considère
cette campagne et cette Industrie comme le Mal absolu, il faut
préciser qu'en plus d'utiliser des slogans infâmes, et de tenter de
pervertir une partie de la population particulièrement influençable,
les génies responsables de la campagne de pub de Winamax n'ont rien
trouvé de mieux que d'utiliser d'immenses autocars blancs qu'ils ont
fait tourner complètement vides de passagers dans les artères principales des grandes villes de France, pour diffuser leurs messages
publicitaires, déclenchant l'ire générale sur Twitter.
La
Mairie de Paris notamment a réagi de façon musclée, puisqu'a
priori, la réglementation municipale parisienne interdirait
l'utilisation de véhicules de tourisme vides à visée publicitaire.
Au-delà même du débat sur la légalité, moi c'est surtout le
bilan carbone d'une telle opération qui me renfrogne, consistant à
faire tourner d'immenses véhicules à énergie fossile à vide
pendant des heures, dans des villes déjà asphyxiées par les
embouteillages, pour faire la pub des paris sportifs. #lavieestbelle
#notremondeestjoli
En
réponse, l'entreprise a quand même trouvé le moyen de s'excuser et
de tenter une explication, qui vaut à peu près le “c'est çui qui
dit qui est” d'un enfant de 4 ans : expliquant qu'ils ne savaient
pas que la pratique était illégale car ils avaient vu pleins
d'autres le faire (…..), ils ont ensuite retiré les bus en
ajoutant “qu'ils n'avaient pas conscience que ce ne seraient pas
des véhicules électriques”.
Ben
oui, parce que le problème de fond, c'est que ce sont des véhicules
à essence....LOOOOOL. On peut dire qu'a priori, l'agence responsable
de cette Campagne orchestrée de main de maître, ne sera pas nominée
aux publicités awards de l'année 2019...
Enfin
pour terminer – et parce que c'était là mon objectif d'origine et
que j'ai clairement dévié -,revenons au cœur de l'affaire, soit
aux slogans révoltants de cette campagne de pub.
Ma devise dans le foot, c'est l'argent
Ce
n'est donc ni la FIFA, ni Ronaldo qui le disent, mais Winamax. Bon au
moins, on a bien compris que les valeurs sportives chères à Pierre
de Coubertin n'ont rien à voir dans cette affaire. Et qu'au final,
le seul intérêt à suivre le foot, c'est la thune...Bon, on ne va
pas être étonné, mais si je peux au moins souligner à quel point
les valeurs charriées par ce slogan sont le reflet d' a priori tout ce
qui ne va pas dans notre monde, je serai soulagée. Une campagne qui
je le rappelle est destinée à la jeune génération, à qui on fait
une fois de plus valoir que la thune c'est chouette, le sport, un
très bon moyen d'en gagner (mais pas en tant que sportif hein,
seulement en tant que spectateur passif), et le but de la vie, rien
d'autre ?
Mais
si, en fait, je m'étais trompée ! Le but ultime, ce n'est pas
la thune. Non ! C'est le respect...
:
“grosses cotes, gros gains, gros respect”.
Alors
pour le respect, il va falloir que l'on m'explique. Quoique, si je
suis la logique, ça doit donner à peu près ça : “après avoir
joué 182 fois et perdu 10000€, tu gagneras un jour beaucoup
d'argent (70€) sans rien branler, et en même temps, le respect de
tes pairs, qui pourront admirer ton intuition, et ta chance, et
espérer eux-aussi, devenir tes égaux".
Je
rajouterais quand même que ce slogan me semble bien incomplet. Et
que pour véritablement toucher ou convaincre notre cible, il
conviendrait de l'étoffer avec des éléments tangibles. Je
proposerai donc de rajouter :
“grosses
cotes, gros gains, gros
téléphone, grosse télé, grosse
caisse, grosse bite, gros
respect*”.
!!!!!
==> Attention quand même à ne pas s'égarer : on ne parle pas
ici de “”respect” pour autrui hein, mais bien de respect pour
ta pomme. Toi avec ta grosse télé, tes gros gains, ton gros tel, et
ta grosse caisse, tu pourras marcher la tête baissée sur ton
téléphone, la musique à fond dans la rue sans écouteurs, et
rentrer dans tous les passants, puis asphyxier encore plus l'air
d'une ville polluée quand tu rentreras en grosse tuture dans ton t3
Bouygues immobilier qui ressemble à s'y méprendre à celui du
voisin. Là tu allumeras ta télé à fond, tu feras tourner ton
électricité à balles pour charger ton tel et ta box wifi, et tu
pourras alterner entre matage de pornos et pari en ligne , à propos
de matchs que tu ne verras pas, tout en sirotant une bonne bière.
Idéalement, en bouffant un vieux KFC dégueulasse où tu ne
remarqueras même pas le poussin pané dans lequel tu viens de
croquer.
#lavieestbelle
#winamax=lemal
*D'ailleurs,
en y pensant, je suis à peu près sûre que y'en a plus qu'on ne
pense qui ont déjà essayé de jouer à la machine à sous avec
leur jeton de caddy... Hé hé.
*Je
propose au passage des t-shirts avec ce logo, pour la modique somme
de 75€, imprimés sur du vrai coton BIO de chez C&A





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